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Piratage culturel : quand le patrimoine africain perd ses droits

June 25, 2026 by
Kerma Heritage

Le cri d'un journaliste, l'écho d'un continent entier

Alain Gordon Gentil, figure respectée du journalisme mauricien, a posé une question qui dérange. Sa formule est courte, lapidaire, chirurgicale : « Quand la MBCTV diffuse des films sans payer les droits d'auteurs, vous avez compris où on vit. » Une phrase d'aveu amer. Une phrase qui ouvre une porte sur une réalité que des millions de créateurs africains vivent en silence, depuis des décennies.

Le problème dépasse largement l'Île Maurice. Il traverse l'Afrique entière, l'océan Indien, la diaspora. Partout où la création culturelle africaine existe, elle peine à trouver la protection économique qu'elle mérite — et ce sont les créateurs eux-mêmes qui en paient le prix, dans l'ombre, sans recours, sans visibilité.

Elle nous le rappelle avec force : le patrimoine culturel africain est systématiquement dépossédé de sa valeur économique, même sur son propre territoire, même par des institutions censées le servir. Kerma Heritage refuse de regarder ailleurs.

Droits d'auteur : une bataille aussi ancienne que la colonisation

Le pillage culturel, hier et aujourd'hui

Il y a quelque chose de profondément douloureux dans le fait que ce soit une chaîne publique — financée par les contribuables mauriciens — qui se retrouve accusée de diffuser des œuvres sans rémunérer leurs auteurs. Ce n'est pas une anecdote isolée. C'est le symptôme d'une pathologie systémique que les nations africaines et leurs diasporas traînent depuis des siècles.

Le pillage culturel africain a commencé bien avant internet, bien avant la télévision. Des masques arrachés à leurs cérémonies pour garnir des vitrines de musées européens. Des chants ancestraux enregistrés sans consentement par des ethnomusicologues de passage. Des motifs wax industrialisés par des entreprises néerlandaises et commercialisés mondialement comme symboles africains — alors que leurs créateurs d'origine n'ont jamais vu un centime, jamais reçu un crédit, jamais été consultés.

Le numérique n'a pas résolu ce problème. Il l'a amplifié et accéléré. Un film peut désormais être téléchargé, rediffusé, intégré dans des compilations, monétisé sur des plateformes entières — sans que son auteur reçoive une seule notification, encore moins une redevance.

Quand les chaînes publiques deviennent des fossoyeurs de créateurs

La responsabilité d'une chaîne publique est double. D'une part, elle a un devoir d'éducation et de culture envers ses téléspectateurs. D'autre part, elle représente l'État — et l'État a le devoir de respecter ses propres lois, à commencer par celles qui protègent la propriété intellectuelle des auteurs.

Diffuser une œuvre sans payer ses droits, c'est envoyer un message clair à tous les créateurs du pays : votre travail ne vaut rien. Ou plutôt : il vaut quelque chose pour nous, mais nous refusons de vous le reconnaître. C'est un paradoxe douloureux que connaissent des artistes de Lagos à Antananarivo, de Dakar à Port-Louis.

Les œuvres culturelles africaines sont convoquées pour valoriser l'image d'une nation, remplir les grilles de programme, divertir des millions de téléspectateurs — mais leurs auteurs restent dans l'ombre, non rémunérés, non crédités, non protégés. La culture africaine est une ressource que tout le monde consomme, mais que presque personne ne prend la peine de financer à la source.

Ce que cette affaire révèle d'un mal plus profond

L'impunité structurelle, cette ennemie silencieuse

Le cas MBCTV n'est pas une exception — c'est une norme. Il illustre une impunité qui s'est installée progressivement, par défaut de gouvernance, par faiblesse des structures de gestion collective, par manque de volonté politique à tous les niveaux de décision.

Dans de nombreux pays africains, les organismes de gestion collective des droits d'auteur — l'équivalent de la SACEM française ou de la SOCAN canadienne — existent sur le papier mais manquent de moyens, de pouvoir d'action et parfois d'indépendance réelle vis-à-vis des gouvernements qui les financent. Résultat prévisible : les artistes signent des contrats léonins faute de conseil juridique, les diffuseurs ne paient pas faute de surveillance, et les procédures judiciaires sont si longues et si coûteuses qu'elles découragent tout recours individuel.

Ce n'est pas une fatalité. C'est un choix politique. Un choix qui a un coût réel, mesuré en talents partis, en créations abandonnées, en mémoire culturelle qui ne se transmet plus.

Les créateurs africains : invisibles sur leur propre continent

Voici le paradoxe que Kerma Heritage observe régulièrement dans son travail de valorisation patrimoniale : les créateurs africains sont souvent mieux reconnus — et mieux rémunérés — à l'étranger que chez eux. Un musicien sénégalais signe avec un label parisien ou berlinois. Un réalisateur ivoirien distribue son film via des plateformes américaines. Un artiste plasticien camerounais vend ses toiles dans des galeries londoniennes ou new-yorkaises.

Pendant ce temps, en Afrique et dans l'océan Indien, leurs œuvres circulent librement, sans contrat, sans redevance, sans reconnaissance formelle. Ce n'est pas de la générosité populaire — c'est de l'extraction déguisée en normalité.

Une forme moderne de pillage : non plus de ressources naturelles, mais de capital symbolique, culturel et spirituel. Et comme pour les minerais, ce sont les intermédiaires qui s'enrichissent au passage. Les créateurs à la source, eux, survivent — ou fuient.

Protéger le patrimoine, c'est honorer ceux qui l'ont créé

La transmission n'a jamais été gratuite

Chez Kerma Heritage, nous portons une conviction fondamentale : la transmission du patrimoine africain est un acte sacré. Non pas métaphoriquement — réellement. Les griots qui transmettaient l'histoire orale des royaumes ne le faisaient pas gratuitement. Les maîtres tisserands qui enseignaient leurs techniques aux apprentis ne les offraient pas à n'importe qui, sans rituel, sans reconnaissance. La connaissance avait une valeur, un protocole, une dignité propre.

Quand une chaîne de télévision diffuse un film africain sans payer les droits de son réalisateur, elle ne commet pas seulement une fraude commerciale froide. Elle brise un protocole de respect millénaire. Elle dit au créateur : ton travail est consommable, mais toi, tu es invisible.

Ce n'est pas seulement une injustice économique. C'est une violence symbolique qui s'inscrit dans une longue histoire de dépossession — la même logique qui vidait autrefois les palais africains de leurs trésors royaux pour remplir des vitrines européennes. Le vecteur a changé. L'intention, elle, reste identique.

Des solutions concrètes, pas des vœux pieux

La bonne nouvelle est que les outils existent pour changer cette réalité. Ils demandent de la volonté — politique, institutionnelle, collective. Voici ce qui peut changer dès maintenant, sans attendre une révolution :

  • Renforcer les organismes de gestion collective : les équivalents africains de la SACEM ont besoin de moyens humains, technologiques et juridiques pour traquer les utilisations non autorisées, émettre des licences et percevoir les redevances dues aux créateurs.
  • Rendre les contrats obligatoires avant toute diffusion : aucune diffusion publique — télévision, radio, plateforme numérique — ne devrait être possible sans accord écrit signé. La loi existe dans la plupart des pays africains. Il s'agit de l'appliquer, avec des sanctions réelles pour les contrevenants institutionnels.
  • Former les diffuseurs et les décideurs : beaucoup de responsables de chaînes régionales ignorent sincèrement les mécanismes légaux des droits d'auteur. La formation n'est pas un luxe — c'est un prérequis à la dignité des créateurs et à la santé de l'écosystème culturel tout entier.
  • Soutenir les recours juridiques des artistes : des fonds d'aide spécialisés permettraient aux petits créateurs de se défendre sans risquer la ruine personnelle. Aucun artiste ne devrait choisir entre sa survie économique et la défense légitime de ses droits.
  • Construire des registres patrimoniaux numériques : répertorier les œuvres, leurs auteurs, leurs droits, leurs lignées — une infrastructure de la mémoire culturelle africaine, accessible, protégée et reconnue internationalement.

Ces outils fonctionnent déjà en Europe, en Amérique du Nord, partiellement en Asie. Le continent africain n'a pas à réinventer la roue. Il a à s'approprier, adapter, et surtout appliquer. La volonté politique reste la seule variable manquante.

L'héritage ne se solde pas — il se transmet avec honneur

Ce que la déclaration d'Alain Gordon Gentil pointe, au fond, c'est une question d'honneur collectif. Quel signal envoie-t-on aux jeunes créateurs africains quand leurs aînés voient leur travail diffusé impunément, sans compensation, sans même un crédit à l'écran ?

On leur dit : ne créez pas pour vivre ici. Ou créez ailleurs, là où on vous paiera et où on vous respectera. Et ils partent. La fuite des talents culturels africains vers l'Europe ou l'Amérique du Nord n'est pas seulement une question de visibilité ou de marché — c'est, profondément, une question de dignité économique et de respect symbolique.

Kerma Heritage porte un autre récit. Un récit où le créateur africain est reconnu pour ce qu'il est réellement : un maillon vivant d'une chaîne de transmission millénaire. Où son œuvre n'est pas un contenu consommable, mais un fragment de mémoire collective qui appartient à une lignée. Où le respect des droits d'auteur n'est pas une obligation administrative froide, mais un acte de déférence envers ceux qui portent l'âme du peuple à travers le temps.

Protéger les droits des créateurs africains, c'est protéger le patrimoine de demain. C'est refuser que la mémoire royale, guerrière, artistique et spirituelle de nos ancêtres soit bradée pour remplir des grilles de programme vides, ou diffusée sans permission sur des serveurs anonymes. C'est un choix de civilisation. Et ce choix commence maintenant, par chacun d'entre nous.

Chez Kerma Heritage, chaque pièce que nous sélectionnons porte un nom, une histoire, une lignée. Nous travaillons avec des créateurs africains dont nous respectons et valorisons le travail — parce que la transmission authentique du patrimoine commence toujours par le respect de ceux qui créent. Explorez notre univers, et portez avec vous un fragment de cette mémoire vivante et royale.

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