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Prix Mattei : l'Italie mise sur le patrimoine africain

18 août 2026 par
Kerma Heritage

L'Italie vient d'annoncer la création du Prix Mattei, une distinction destinée à renforcer la coopération culturelle avec l'Afrique. Sur le papier, l'intention est louable : reconnaître des œuvres, des chercheurs, des institutions qui font vivre le patrimoine africain. Dans les faits, cette annonce mérite qu'on s'y arrête — pas pour l'applaudir poliment, mais pour comprendre ce qu'elle dit vraiment de notre rapport à notre propre héritage.

Un prix, un nom, un symbole à décoder

Le nom "Mattei" fait référence à Enrico Mattei, figure industrielle italienne connue pour avoir défendu, dans les années 1950-60, une relation plus équitable avec les pays producteurs de pétrole du Sud. En choisissant ce nom, Rome envoie un message clair : ce prix s'inscrit dans une logique de partenariat "gagnant-gagnant" avec le continent africain, prolongement du "Plan Mattei pour l'Afrique" lancé par le gouvernement italien en 2024.

Concrètement, il s'agit d'un dispositif diplomatique et culturel : financement de projets patrimoniaux, bourses de recherche, événements croisés entre institutions italiennes et africaines. C'est une initiative d'État, pensée à Rome, pour des retombées qui se joueront aussi à Rome — en image, en influence, en relations bilatérales.

Pourquoi cette initiative européenne doit nous interpeller, nous les héritiers

Soyons directs : quand une puissance européenne crée un prix pour "renforcer la coopération culturelle avec l'Afrique", c'est reconnaître, à demi-mot, une évidence que nous connaissons depuis toujours — le patrimoine africain a une valeur, une force, une profondeur que le monde continue de découvrir avec des décennies de retard.

Mais voici la position que nous défendons chez Kerma Heritage : ces initiatives ne peuvent pas être le seul moteur de la transmission de notre héritage. Un prix décerné depuis l'extérieur, aussi bien intentionné soit-il, reste une lecture filtrée par un regard qui n'a pas grandi dedans. Il célèbre, il finance, il expose — mais il ne transmet pas. La transmission, la vraie, celle qui fait qu'un enfant sait d'où il vient et pourquoi il doit se tenir droit, ça ne s'achète pas avec une bourse de recherche. Ça se vit, se raconte, se porte.

L'exemple qui parle : Kerma, avant même l'Égypte

Prenons un exemple concret. Le royaume de Kerma, en Nubie (actuel Soudan), a prospéré entre 2500 et 1500 avant notre ère — contemporain et rival des pharaons égyptiens, avec ses propres pyramides, sa propre architecture funéraire, sa propre écriture. Pendant des décennies, ce royaume a été relégué au rang de "note de bas de page" dans les récits occidentaux centrés sur l'Égypte pharaonique.

Il aura fallu des fouilles archéologiques tardives, menées en grande partie par des équipes européennes elles-mêmes, pour que Kerma commence à retrouver sa place dans les manuels. C'est exactement le schéma qui se répète avec le Prix Mattei : l'Afrique attend une reconnaissance venue d'ailleurs pour que son propre passé redevienne visible. Nous refusons ce schéma comme unique voie.

Ce que le Prix Mattei fait bien — et ce qu'il ne fait pas

Ce qu'il faut saluer

  • Un financement réel pour des projets de conservation qui manquent cruellement de moyens sur le terrain
  • Une visibilité internationale pour des institutions africaines souvent invisibilisées
  • Un précédent diplomatique qui peut inspirer d'autres pays européens à investir dans la mémoire africaine plutôt que dans son pillage muséal

Ce qu'il ne remplace pas

  • La restitution des œuvres et objets pris pendant la période coloniale — aucun prix ne compense une spoliation
  • La construction d'un récit africain écrit par des Africains, pour des Africains d'abord
  • La transmission intime, familiale, quotidienne — celle qui ne dépend d'aucun jury ni d'aucune subvention

Notre position : reconnaître sans dépendre

Chez Kerma Heritage, nous croyons qu'un héritage n'a pas besoin d'être validé de l'extérieur pour exister. Le royaume de Kerma, les empires du Mali et du Ghana, les royaumes kongo, ashanti, zoulou n'ont pas attendu l'approbation d'un jury européen pour être grandioses. Ils l'étaient. Point.

Ce que des initiatives comme le Prix Mattei doivent nous rappeler, c'est l'urgence de porter nous-mêmes ce récit — dans nos maisons, sur nos vêtements, dans les objets que nous choisissons de garder et de transmettre. La reconnaissance internationale est bienvenue quand elle vient en complément. Elle devient un problème quand elle devient la seule source de légitimité.

Transmettre autrement, transmettre nous-mêmes

C'est tout le sens de notre démarche : chaque pièce Kerma Heritage porte un fragment de cette mémoire royale — un nom, un symbole, une référence historique — pour que la transmission ne dépende d'aucun prix, d'aucune bourse, d'aucune institution étrangère. Elle passe par ce qu'on porte, ce qu'on montre, ce qu'on raconte à ceux qui nous entourent.

Le Prix Mattei peut financer des fouilles, des expositions, des chercheurs. Il ne financera jamais la fierté que ressent un enfant qui porte le nom d'un royaume dont il est l'héritier. Cette fierté-là, c'est à nous de la construire — génération après génération, pièce après pièce.

Découvrez la collection Kerma Heritage et portez un héritage qui n'attend la validation de personne. Chaque pièce raconte une histoire que nous avons choisi de ne jamais laisser dormir dans un musée lointain — mais de faire vivre, ici, maintenant, sur vous.

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