Le Prix de l'AFFO (Association Française des Family Offices) vient de relancer une initiative qui, à première vue, ressemble à un simple concours étudiant. En creusant un peu, elle révèle une fracture bien plus profonde : les métiers qui gèrent, protègent et transmettent les grandes fortunes familiales peinent à recruter la génération qui devrait, demain, en prendre la relève. Chez Kerma Heritage, où la transmission patrimoniale africaine est notre terrain quotidien, ce constat résonne particulièrement fort — et il mérite qu'on prenne position.
Le paradoxe du family office : gérer l'avenir sans jeunesse pour le porter
Un family office existe pour une seule raison : faire durer un patrimoine au-delà d'une génération. C'est un métier qui pense en décennies, parfois en siècles. Pourtant, l'écosystème qui l'anime aujourd'hui — juristes patrimoniaux, gestionnaires d'actifs, conseillers en transmission — reste largement composé de profils seniors, formés dans des filières financières classiques, souvent déconnectés des réalités des héritiers de 25-35 ans qu'ils sont censés accompagner demain.
Le Prix de l'AFFO cherche justement à inverser cette tendance en valorisant des travaux de jeunes chercheurs et étudiants sur les problématiques de gestion patrimoniale familiale. L'intention est louable. Mais elle pose une question plus large, que peu osent formuler : comment transmettre un métier de transmission si celui-ci n'attire pas ceux qui devront l'incarner ?
Un déficit d'image, pas un déficit de sens
Les métiers du family office souffrent d'un problème de perception, pas de pertinence. Aux yeux d'un jeune diplômé, ils évoquent costume-cravate, discrétion feutrée et clientèle inaccessible. Rien qui ne fasse rêver une génération en quête de sens, d'impact et de récits incarnés. Or ce que fait réellement un family office — protéger un héritage, arbitrer entre les générations, transformer un capital en projet durable — est profondément humain. C'est un métier de mémoire autant que de finance.
Ce que l'Afrique peut apprendre — et enseigner — sur ce sujet
En Europe, la question se pose en termes de recrutement. En Afrique, elle se pose différemment : la structuration patrimoniale familiale est encore émergente, portée par une génération de bâtisseurs — entrepreneurs, commerçants, diaspora investisseuse — qui accumulent un capital sans toujours disposer des outils ni des relais humains pour l'organiser sur trois ou quatre générations.
Prenons un exemple concret : une famille sénégalaise ayant bâti un patrimoine immobilier et commercial sur vingt ans à Dakar et à Paris. Sans structuration claire ni transmission d'histoire familiale, ce patrimoine se fragmente souvent au décès du fondateur — pas par manque d'argent, mais par manque de récit commun, de gouvernance et de vision partagée entre héritiers. C'est exactement l'angle mort que les family offices occidentaux commencent, eux aussi, à combler : au-delà des chiffres, il faut des passeurs.
La transmission ne se réduit jamais aux actifs
C'est ici que le sujet rejoint frontalement la mission de Kerma Heritage. Un family office qui ne s'appuie que sur des tableurs et des montages juridiques rate l'essentiel : un patrimoine familial, c'est une mémoire, des valeurs, une identité qui doivent voyager avec l'argent, pas seulement l'argent lui-même. Les initiatives comme le Prix de l'AFFO, en poussant les jeunes talents à réfléchir à ces métiers, ont une carte à jouer si elles intègrent cette dimension mémorielle — et pas uniquement technique — dans la formation des futurs conseillers.
Notre position : former à la transmission, pas seulement à la gestion
Attirer des jeunes talents vers le family office ne suffira pas si on continue à leur enseigner uniquement l'optimisation fiscale et l'allocation d'actifs. Il faut leur apprendre à écouter une histoire familiale, à documenter un héritage immatériel, à accompagner une gouvernance intergénérationnelle. C'est un savoir-faire encore trop rare, y compris dans les cursus les plus prestigieux.
Trois leviers concrets pourraient accélérer cette évolution :
- Intégrer la dimension narrative et mémorielle dans les formations patrimoniales, au même titre que le droit et la fiscalité.
- Multiplier les ponts entre écoles de commerce et familles entrepreneuriales issues de la diaspora et des marchés émergents, où les besoins de structuration explosent.
- Valoriser des parcours hybrides — historiens, sociologues, généalogistes — capables d'apporter une lecture humaine à des métiers trop souvent réduits à leur seule technicité financière.
Un enjeu qui dépasse la France
Le Prix de l'AFFO s'inscrit dans un contexte français, mais l'enjeu est universel. Partout où une génération de fondateurs approche l'heure de la transmission — en France comme au Sénégal, en Côte d'Ivoire ou dans la diaspora africaine d'Europe et d'Amérique — le même besoin émerge : des professionnels capables de conjuguer rigueur patrimoniale et intelligence des histoires familiales. C'est précisément l'espace que Kerma Heritage occupe, entre le conseil et la mémoire.
En résumé
Attirer les jeunes talents vers les métiers du family office est une excellente ambition, mais elle restera incomplète tant que ces métiers ne s'ouvriront pas pleinement à la dimension humaine et mémorielle de la transmission. L'argent seul ne se transmet pas — c'est l'histoire qui l'accompagne, la vision qui la porte, qui font qu'un patrimoine survit à ses fondateurs.
Chez Kerma Heritage, nous accompagnons les familles africaines et de la diaspora dans cette démarche : structurer, documenter et transmettre un héritage qui dépasse le simple bilan comptable. Vous portez un patrimoine familial et souhaitez en assurer la transmission dans les règles de l'art ? Contactez Kerma Heritage pour construire, avec vous, le récit qui accompagnera votre héritage sur plusieurs générations.