Se rendre au contenu

Maguèye Kassé : l'hommage qui doit devenir transmission

23 juillet 2026 par
Kerma Heritage

Le ministère sénégalais de la Culture vient de saluer la mémoire du professeur Maguèye Kassé, qualifié d'« infatigable défenseur de la création ». Une formule juste, méritée, et pourtant insuffisante si elle reste un simple communiqué de circonstance. Chez Kerma Heritage, nous pensons qu'un hommage officiel n'a de valeur que s'il devient le point de départ d'une transmission réelle — pas son point final.

Cet article prend position : la mort d'une figure intellectuelle africaine ne doit plus être le moment où l'on découvre, trop tard, l'ampleur de ce qu'elle portait. Elle doit être le moment où l'on organise, enfin, la suite.

Qui était Maguèye Kassé, et pourquoi son départ pèse

Universitaire, critique littéraire, figure respectée du monde intellectuel sénégalais, Maguèye Kassé a passé une grande partie de sa vie à défendre la création — celle des écrivains, des artistes, des penseurs qui construisent l'imaginaire d'un pays. Ce type de profil est rare : il ne produit pas seulement des œuvres, il protège les conditions dans lesquelles les autres peuvent créer. Critique engagé, passeur d'idées, il appartenait à cette génération d'intellectuels africains post-indépendance qui ont refusé de séparer culture et souveraineté. Le communiqué du ministère parle d'un homme qui a « consacré sa vie à la valorisation de la création et de la pensée africaines ». C'est exactement le terrain sur lequel Kerma Heritage se positionne depuis le début : celui qui refuse que le patrimoine africain soit traité comme un folklore figé, et le remet à sa juste place — vivant, pensé, transmis.

Le paradoxe des hommages posthumes

Il y a une mécanique presque automatique dans nos sociétés : on célèbre massivement à la mort, on oublie discrètement du vivant. Un professeur qui a formé des générations d'étudiants, siégé dans des jurys, écrit des critiques qui ont orienté des carrières littéraires entières, reçoit souvent moins de reconnaissance active pendant 40 ans de carrière que dans les 48 heures qui suivent son décès. Ce n'est pas propre au Sénégal. C'est un problème structurel de la mémoire culturelle africaine dans son ensemble : on archive l'émotion, rarement la méthode. On retient le nom, rarement le contenu exact de ce qui a été transmis.

Ce que l'hommage révèle vraiment : un déficit d'archives vivantes

Prenons position clairement : l'hommage du ministère est légitime, mais il expose un manque criant — celui d'un dispositif national et continental d'archivage vivant des intellectuels africains pendant qu'ils sont encore là pour transmettre eux-mêmes leur pensée. Combien d'heures de cours de Maguèye Kassé existent en version filmée, retranscrite, indexée, accessible à un étudiant de Kaolack ou de Ziguinchor en 2030 ? Combien de ses critiques littéraires, dispersées dans des revues et des colonnes de journaux, sont aujourd'hui centralisées quelque part, avec un accès simple ? La réponse, dans la majorité des cas comme celui-ci à travers le continent, est : très peu, ou rien du tout.

Un exemple concret : ce qui se perd en silence

Comparez avec la transmission des lignées royales dans les sociétés nubiennes et koushites — d'où Kerma Heritage tire son nom et sa mission. À Kerma, la mémoire d'un règne ne reposait pas sur un seul support fragile : elle était gravée dans la pierre, portée par l'orfèvrerie, répétée par la parole rituelle, inscrite dans les objets funéraires destinés à traverser les siècles. La redondance des supports était une stratégie, pas un hasard. Aujourd'hui, la pensée d'un Maguèye Kassé repose sur des interviews éparses, des articles non numérisés, des souvenirs d'anciens élèves qui, eux aussi, vieillissent. Un seul support fragile. C'est exactement l'inverse de ce que nos ancêtres avaient compris : la mémoire qui survit est celle qu'on multiplie, pas celle qu'on espère préserver après coup.

Ce qu'il faudrait faire maintenant — la proposition concrète

Plutôt que de se contenter de constater le problème, voici ce que nous defendons chez Kerma Heritage, et ce que nous appelons de nos vœux pour les prochains hommages culturels sénégalais et africains :

  • Un fonds d'archivage vivant : filmer, enregistrer et transcrire systématiquement les intellectuels, artistes et gardiens de tradition encore en activité, avant qu'il ne soit trop tard — sur le modèle de ce qui existe déjà pour certains griots au Mali ou au Sénégal.
  • Une centralisation des œuvres critiques et universitaires dispersées dans les revues, journaux et actes de colloques, souvent introuvables faute de numérisation.
  • Une transmission active dans les écoles : que le nom de Maguèye Kassé ne devienne pas une simple ligne dans un hommage, mais un chapitre étudié — ses positions critiques, sa vision de la création africaine, débattues par la génération suivante.
  • Une reconnaissance de son vivant, pas seulement posthume, pour les figures culturelles qui structurent silencieusement un pays — distinctions, moyens, visibilité, pendant qu'elles peuvent encore en profiter et transmettre directement.

Ce n'est pas une critique du ministère de la Culture, dont l'hommage est sincère. C'est un appel à transformer l'émotion collective d'un décès en politique publique de transmission — avant le prochain hommage, pas après.

Ce que Kerma Heritage retient de cet héritage

Notre marque porte le nom d'un royaume — Kerma, l'une des plus anciennes civilisations organisées d'Afrique, antérieure même à certaines dynasties égyptiennes bien plus connues. Nous existons parce que nous refusons que la grandeur africaine soit une note de bas de page de l'Histoire. La disparition de Maguèye Kassé nous rappelle une évidence : chaque génération porte des gardiens de mémoire, visibles ou discrets, et chaque génération a la responsabilité de ne pas attendre leur absence pour mesurer ce qu'ils portaient. Un bijou de mémoire, une pièce de patrimoine, un objet transmis de mère en fille n'a de sens que si l'histoire qui l'accompagne est racontée pendant qu'elle peut encore l'être — pas reconstituée après coup à partir de fragments. C'est le même principe, à l'échelle d'une nation ou à l'échelle d'une famille : la mémoire qui survit est celle qu'on transmet maintenant, pas celle qu'on regrette de ne pas avoir enregistrée.

Chez Kerma Heritage, chaque pièce que nous créons est pensée comme un support de transmission — une manière de porter sur soi un fragment d'héritage africain qui continue de se raconter, génération après génération. Découvrez nos collections inspirées des royaumes nubiens et laissez une part de cette mémoire royale voyager avec vous.

Restitution du patrimoine africain : au-delà de l'or noir